I. CONTEXTE GÉNÉRAL
Le projet de Loi de Finances pour 2026 s’inscrit dans un contexte économique et budgétaire particulièrement exigeant, marqué par la nécessité de restaurer la confiance dans les finances publiques après la suspension du programme du FMI et la découverte d’un important stock de « dettes réconciliées », estimé à plus de 7 milliards USD. À cette fragilité budgétaire s’ajoute un niveau d’endettement élevé (119 % du PIB en 2024) et un déficit budgétaire avoisinant 12 % du PIB, bien au-delà du seuil de convergence UEMOA fixé à 3 %. Pourtant, l’économie sénégalaise demeure résiliente : la croissance, projetée à 7,8 % en 2025, devrait se maintenir autour de 5,5 % en moyenne sur 2026- 2028, portée par le démarrage de la production pétrolière et gazière à Sangomar et GTA.
Ce dynamisme s’inscrit dans la continuité de la Vision Sénégal 2050 et du Plan de Redressement Économique et Social (PRES « Jubbanti Koom »), qui visent à asseoir la souveraineté budgétaire, consolider la transparence financière et accélérer la transformation structurelle de l’économie.
II. ORIENTATIONS GÉNÉRALES
Le document annnexe au Projet de Loi de Finance intitulé « Voies et Moyens » traduit l’ambition de replacer la politique budgétaire dans une logique de réalisme économique et de soutenabilité macro-financière. La Stratégie de Mobilisation des Recettes à Moyen Terme (SRMT) constitue le pilier de cette démarche : elle repose sur trois axes complémentaires – l’élargissement de l’assiette fiscale, la maturité digitale et la rénovation de la gouvernance fiscale. L’administration fiscale et douanière devra poursuivre sa digitalisation intégrale, renforcer la conformité et étendre la fiscalisation des segments émergents de l’économie, notamment le commerce électronique et les services numériques. Dans le même esprit, le dispositif de sécurité du système d’information budgétaire doit être renforcé : la récente cyber-attaque contre la DGID rappelle la nécessité de créer une cellule de cybersécurité fiscale et budgétaire, intégrée à la DGB ou à la DPEE, pour garantir la fiabilité et l’intégrité des données publiques.
III. STRATÉGIE OPÉRATIONNELLE RETENUE POUR 2026
L’objectif prioritaire demeure la restauration de la souveraineté financière par une mobilisation accrue des ressources internes. Les administrations fiscales sont appelées à porter la pression fiscale à près de 18,5 % du PIB en 2026, en vue d’atteindre progressivement le seuil communautaire de 20 %. Les principales mesures incluent : la rationalisation des dépenses fiscales, l’extension de l’assiette à l’économie numérique, la fiscalisation progressive du secteur informel, le contrôle renforcé des grands contribuables et des flux pétroliers, et la sécurisation du recouvrement par la digitalisation complète des déclarations et paiements.
IV. PROJECTIONS DE RECETTES BUDGÉTAIRES
Le projet de LFI 2026 évalue les recettes globales à 6 188,79 milliards FCFA, soit une hausse de 23,4 % par rapport à 2025. Cette progression est portée par les recettes fiscales (5 384,80 milliards FCFA, +23,52 %), les recettes non fiscales (228,22 milliards FCFA, +90,26 %) et les produits financiers (106,13 milliards FCFA, +51,47 %). L’évolution positive des recettes internes traduit la réduction progressive de la dépendance extérieure (−21,9 %) et la montée en puissance de la mobilisation domestique, notamment la TVA, les impôts sur salaires et les droits d’enregistrement.
V. DÉFIS ET RISQUES MACROÉCONOMIQUES
Malgré ces avancées, plusieurs défis persistent :
- le poids de la dette et la rigidité des charges de personnel continuent de peser sur l’équilibre primaire ;
- la hausse des prix énergétiques et alimentaires risque d’entretenir une pression inflationniste ;
- la volatilité des marchés internationaux,
- la fluctuation des cours pétro-gaziers et la hausse des taux mondiaux pourraient affecter les refinancements ;
- enfin, la vulnérabilité accrue des systèmes d’information de l’État appelle une réponse institutionnelle urgente en matière de cybersécurité budgétaire.
VI. CONCLUSION
Le projet de Loi de Finances 2026 marque une étape charnière dans la reconstruction de la souveraineté budgétaire du Sénégal. Il conjugue réalisme macroéconomique, discipline fiscale et réformes structurelles pour asseoir une trajectoire crédible de redressement et de croissance durable. La réussite de ce tournant dépendra de la stabilité du cadre macroéconomique, de la sécurité du système d’information public et de la consolidation du civisme fiscal autour d’un pacte de confiance entre l’État et les contribuables.